Dans une Afrique souvent racontée à travers ses crises, certaines traditions continuent pourtant de rapprocher les peuples.
En Côte d’Ivoire, les alliances interethniques constituent, depuis des siècles, un véritable pacte de fraternité. Une réalité que le film Toukpê, « mon allié », remet aujourd’hui au cœur du débat. Le réalisateur Charles Kouakou de passage à Paris afin de presenter son œuvre à la diaspora Ivoiriennes.
« À travers ce film, nous avons voulu interpeller tous les sachants des pays africains qui connaissent les alliances. C’est à eux de faire ressortir ces valeurs qui, pour nous, sont des instruments qui peuvent pacifier. Chez nous, en Côte d’Ivoire, à l’approche des élections de 2025, nous savions que c’était un peu tendu. Tout le monde pensait à l’implosion du pays. Mais quand nous avons fait ressortir les valeurs de ces alliances-là, cela a contribué à l’apaisement. Les gens ont compris qu’ils ne peuvent pas s’entretuer. Donc, c’est cela qu’il faut remettre au goût du jour. Il ne faut pas laisser mourir ces alliances », explique Charles Kouakou, réalisateur du film Toukpê.
Chez les Malinkés, les Sénoufos, les Baoulés, les Agnis ou encore les Yacoubas, ces alliances permettent, depuis des générations, de désamorcer les conflits grâce à l’humour, au respect mutuel et à des pactes hérités des ancêtres.
Une pratique que l’on retrouve également au Mali, au Burkina Faso, en Guinée ou au Sénégal, sous différentes formes.
« Les alliances interfamilles ou interethniques sont très importantes. Ce sont des traditions que nous avons laissées tomber et qui nous rattrapent aujourd’hui. Ce sont des pratiques qui favorisent la paix et la cohésion sociale que nous devons enseigner. Nos ancêtres nous ont appris que les peuples alliés ne doivent jamais se faire la guerre. On peut se taquiner, mais au moment des difficultés, on se soutient toujours. C’est notre héritage », déclare Monsieur Lanciné Touré, ex-enseignant à Odienné, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire.
Au-delà de la fiction, Toukpê renvoie à la question de la subsistance de ces alliances interethniques de nos jours. L’avenir de cet héritage repose désormais entre les mains des nouvelles générations.

