Arrivé seul en France en 2019, Lacine Konaté a travaillé pendant cinq ans dans une boucherie de Reims. Faute de titre de séjour, le jeune Ivoirien a été expulsé le 22 février, malgré une mobilisation citoyenne.
Les étrangers sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) font parfois parler d’eux en mal dans l’actualité. C’est tout le contraire de Lacine Konaté, arrivé à Reims en 2019, en provenance de Côte d’Ivoire.
Alors âgé de 16 ans et reconnu comme mineur étranger non accompagné d’un parent ou d’un représentant légal, le jeune homme fait l’objet de mesures de protection, comme le prévoit la loi. Il est pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE) du département de la Marne et se forme rapidement au métier de boucher, à Reims.
« Il a été notre apprenti, puis notre salarié pendant cinq ans, raconte son patron qui l’employait encore il y a quelques semaines. Son parcours est irréprochable, je n’en pense que du bien. » Néanmoins, le jeune Ivoirien ne parvient pas à obtenir un titre de séjour à sa majorité. Ses deux demandes de régularisation n’aboutissent pas.
La préfecture justifie ces refus par « des documents falsifiés », à savoir un acte de naissance qui n’est pas établi selon les normes légales de son pays, seul papier dont il dispose pour prouver son identité. Une première OQTF lui est donc notifiée en 2021.
Lacine Konaté poursuit néanmoins son parcours derrière le billot de la boucherie rémoise, mais il n’obtient pas son CAP. « Sans papier, il n’a pas pu effectuer la formation au centre de formation d’apprentis », justifie le Réseau éducation sans frontières (RESF) de la Marne, qui se mobilise pour lui venir en aide.
Cela n’empêche pas l’apprenti boucher de décrocher un CDI. « On aurait pu lui dire, à 18 ans : “Merci, au revoir” et le mettre à la rue, mais humainement, c’était impossible, raconte son employeur rémois. On a pris le temps de le former et on s’est attaché à lui, même si on prenait des risques. » En situation irrégulière, le jeune reçoit quand même des fiches de paie. Son employeur conserve les documents légaux dont il disposait lorsque son apprenti était mineur, puisque le Code du travail prévoit en effet une autorisation de travail pour tout étranger autorisé à séjourner en France, dont les mineurs non accompagnés pris en charge par l’aide sociale à l’enfance.
Boucher est pourtant sur la liste des métiers en tension
Cela n’a pourtant pas suffi pour convaincre la préfecture de la Marne. « Compte tenu de son séjour irrégulier sur le territoire français depuis 2021, de son absence d’attache familiale en France et d’une situation professionnelle dans un métier sans diplôme et n’ouvrant pas droit au bénéfice de l’admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Marne a donc pris une nouvelle OQTF à son encontre, qui a été validée par le juge administratif, fait-elle savoir. Dans la mesure où il n’avait pas respecté sa précédente OQTF, la préfecture l’a mise à exécution. »
RESF a bien tenté de déposer une troisième demande de régularisation sur le fondement des métiers en tension – la boucherie y figure dans le Grand Est – en vain. Lacine Konaté a été interné dans un centre de rétention administrative (CRA) à Paris, fin février. Il a d’abord refusé d’embarquer pour son vol, puis son « éloignement a été exécuté le 22 février dernier, vers la Côte d’Ivoire », un pays où il n’a pas d’attache.
Le collectif marnais envisage un retour régulier en France, une fois que son interdiction de retour d’un an aura expiré. Il dénonce « des politiques injustes, irriguées par de l’idéologie et par des exigences quantitatives qui mènent à traiter les dossiers sans aucune humanité » et appelle à « la solidarité avec ces jeunes et moins jeunes broyés par la machine administrative ».

